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Exposition de Maurice Raymond à la Galerie Libre. Texte de Jacques Folch-Ribas.

Texte écrit par Jacques Folch-Ribas à l’occasion de l’exposition de Maurice Raymond à la Galerie Libre de ses gouaches récentes, du 6 novembre au 19 novembre 1963.

Les gouaches de Maurice Raymond sont secrètes comme leur auteur.  Il faut, pour les pénétrer, un effort de dépouillement proche de l’ascèse, un ” second état ” de disponibilité tels, qu’il semble possible de parler de peinture intellectuelle.  Volontiers Maurice Raymond parle-t-il de ” cri “, de ” douleur “, de ” plainte ” qu’il voudrait inclure dans ces visions.  Mais le lyrisme qui pourrait être sous-entendu par ces mots est tout de suite nuancé par la structuration, la discipline, qui se perçoivent immédiatement. Constructions ou destructions?  Tuteurs d’un monde qui commence, que ces verticales elles-mêmes en perpétuelle rupture d’équilibre?  Ou branches mourantes, calcinées, exténuées par une explosion gigantesque, seuls témoins encore vivants d’un monde décomposé?  Quoi qu’il en soit, ces structures sont des disciplines : ” Je ne cherche pas la discipline, on dirait qu’elle me vient “.  Malgré lui, sans doute, et apportée par une éducation peut-être un peu trop sûre d’elle…

Dans une période précédente, Maurice Raymond aimait les natures mortes, après avoir peint quelques sujets religieux (nous devons à ce peintre, entre autres, le Christ de l’Église Saint-Émile de Montréal, église qui fut un tournant dans l’art religieux, et qui reste  un exemple valable).  Il avait exposé des gouaches en 1954.  Depuis, un long travail s’est accompli, en profondeur semble-t-il, travail sans doute facilité par les dépaysements successifs de ses voyages de l’année dernière, alors qu’il était boursier du Conseil des Arts.  De ce travail sont issus les rythmes et les plans des gouaches de 1963.  Ces rythmes et ces plans qui cernent, enveloppent, modèlent lentement et amoureusement une lumière souvent située au centre de l’espace. On dirait un tâtonnement d’aveugle cherchant le jour.  On dirait aussi un mouvement de sensitive, décomposé, lent, autour d’un corps qui s’avance vers la clarté, vers l’infini.

Beaucoup plus dure est la palette.  Elle grince un peu de juxtapositions hardies, rouges-roses près de bleus, dissonances pourpres, bleus et verts métalliques, mauves qui apparaissent soudain…  Ces brutalités apparentes sont cependant de petites dimensions, et se fondent bientôt dans les tons sourds, les pulsations lentes et pleines des noirs veloutés, des gris ardoise, des verts-prune qui dominent presque toutes les compositions.  L’on ne peut s’empêcher de penser à quelques ” blues “…

Un gouachiste – nous en manquons.  Une peinture d’extrême tension et pourtant de retenue.  Maurice Raymond m’a dit : ” j’aime la sobriété de ce qui est en-deça, plus que l’offense de ce qui est au-delà “.

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